L'ECONOMIE HAITIENNE EN 2003
L'exercice 2003 a vu la persistance de la crise politique avec l'impossibilité pour les parties de parvenir à la formation du Conseil Electoral. L'assistance internationale, malgré certains signes de dégel, est restée bloquée. La monnaie nationale a enregistré une dépréciation drastique et le revenu per capita a continué de chuter.
retour au sommet
PIB ET EMPLOI
Durant l'exercice 2003, le PIB a enregistré une croissance dérisoire de l'ordre de 0.4% selon l'IHSI. De 12,929 millions de gourdes, il est passé à 12,976 millions de gourdes en prix constants de 1986/87. Le PIB per capita a régressé de 1,650 à 1,625 gourdes durant le même exercice toujours en prix constants 86/87. Cependant en prix courants, le PIB a augmenté de près de 26%, ce qui témoigne d'une très forte hausse des prix de l'ensemble des biens et services produits. Le secteur primaire (25.8% du PIB) a cru faiblement de 0.2%, le secteur secondaire (15.7% du PIB) de 1% et le secteur tertiaire (plus de 50% du PIB) de 0.25 %. La valeur ajoutée dans tous les secteurs a donc évolué moins vite que la population dont le taux de croissance annuel avoisine 2%. Le taux de chômage équivalent (combinaison du chômage ouvert et du sous-emploi) a encore augmenté et se situe dans une fourchette de 50 à 60% de la population active (entre 1.6 et 1.9 millions d'actifs sur un total de 3.2 millions). L'offre globale de son côté, en atteignant la somme de 27,895 millions de gourdes a représenté 2.15 fois le PIB, ce qui implique que les importations (53.5% de l'offre globale) jouent un rôle plus important que le PIB dans la satisfaction de la demande totale exprimée par les ménages, les entreprises et le secteur public, témoignant de la dépendance de l'économie haïtienne sur les flux externes de financement, notamment les transferts.
retour au sommet
FINANCES PUBLIQUES
Les recettes courantes se sont élevées à 10.74 milliards de gourdes contre 7.82 milliards en 2002 soit une hausse de 37.3%. Cependant, ces fortes augmentations en gourdes courantes cachent une baisse en valeur réelle des recettes publiques de 287.4 à 264.2 millions de dollars US aux taux de change respectifs des années fiscales 2002 et 2003. Le ratio fiscal pour l'exercice s'est toutefois amélioré (9.1 % du PIB en 2003 contre 8.3% en 2002).
Quant aux dépenses publiques, elles ont atteint 15.11 milliards de gourdes accusant une variation à la hausse de 41.9%. En dollar US, les dépenses ont toutefois été réduites de près de 20 millions passant de $US 391 millions en 2002 à $US 371 millions en 2003. Les traitements et salaires ont fait les frais de la dépréciation avec un accroissement nominal de 11.2% alors que la gourde s'est dévaluée de près de 50%, ce qui n'a pas manqué d'affecter la productivité. Les paiements d'intérêt sur la dette totale ont quasiment doublé, dépassant pour la première fois le milliard de gourdes, le rapport à la masse salariale passant de 18% à 33%. Ces paiements ont été complètement refinancés par création monétaire de la BRH.
La situation fiscale de l'année 2003 a été marquée par la persistance du déficit budgétaire. Il a atteint la valeur de 3.67 milliards de gourdes sur une « base caisse » mais correspond à un montant effectif de 4.37 milliards de gourdes sur une « base engagement ». Exprimé en pourcentage du PIB, le déficit s'est accru passant de 3.0% du PIB en 2002 à 3.7% en 2003 soit plus de 40% du ratio fiscal.
retour au sommet
MONNAIE, INFLATION ET TAUX DE CHANGE
Le crédit intérieur net s'est accru de 33.7% entre septembre 2002 et septembre 2003 passant de 28.8 à 38.5 milliards de gourdes. Converti en dollar américain, l'encours du crédit total aux agents économiques a régressé de $US 970.3 millions en septembre 2002 à $US 917.5 millions en septembre 2003. Contrairement à la tendance récente où le crédit au secteur public était supérieur au crédit alloué au secteur privé, pour l'exercice 2003 un mouvement inverse a été timidement amorcé. La structure du crédit au secteur privé a continué de se modifier en faveur des crédits en dollars. De 46% des créances des banques commerciales sur le secteur privé, les crédits en dollars ont atteint en juin 2003 près de la moitié de celles-ci (49%).
Le niveau général des prix a évolué fortement à la hausse. L'inflation moyenne sur l'année a été de 32.5% et de 42.5% en glissement annuel au mois de septembre 2003.s
Le taux de change s'est fortement déprécié passant de 27.23 gourdes pour 1 $US à 40.7 gourdes. Cette dépréciation de la monnaie nationale résulte de l'effet conjugué de plusieurs phénomènes: le déficit public persistant qui s'est accru en valeur absolue et en pourcentage du PIB, l'effondrement des coopératives de type « Pyramidal » à la fin de l'année fiscale 2001 et la promesse faite par le gouvernement de rembourser les déposants à partir des ressources (inexistantes) du trésor public, les rumeurs inquiétantes concernant une intervention éventuelle des autorités pour forcer les banques à convertir en gourdes les dépôts gardés en dollars et celles sur le remboursement de la dette du gouvernement (US $32 millions) envers la BID à partir des réserves obligatoires des banques, les achats substantiels de devises par la BRH durant l'année fiscale (plus de 55 millions de dollars), la continuation de la crise politique sans grand espoir de résolution. Tout ceci a porté les agents économiques à convertir une part importante de leurs avoirs en dollar (substitution de monnaie) et à transférer un pourcentage non négligeable de leurs avoirs à l'étranger (sortie de capitaux), ce qui a affecté le taux de change dans un contexte où les importations ont elles-mêmes augmenté. L'offre monétaire en gourdes (M2) d'un montant proche de 23.5 milliards de gourdes en septembre 2002 qui équivalait à US $790.2 millions ne valait plus que US $ 527.1 millions en février 2003.
retour au sommet
POLITIQUE MONÉTAIRE
La masse monétaire totale exprimée en dollar était plus faible en septembre 2003 qu'en septembre 2002, soit respectivement 1,253.9 et 1,238.2 millions de dollars US. Au regard d'une dépréciation de près de 50% de la monnaie nationale entre septembre 2002 et février 2003, la BRH a dû jouer à fond la carte des bons BRH d'autant qu'entre septembre et février de l'année fiscale, le financement monétaire du déficit public par la BRH avait déjà dépassé 2.1 milliards de gourdes. La valeur des bons détenus par les banques commerciales en septembre 2003 (4,443 millions de gourdes) représentait un peu plus du double de celle détenue en février 2003 (2,174 millions de gourdes), soit une progression de 2,269 millions de gourdes.
La BRH a dû augmenter fortement les taux d'intérêt payés sur les bons pour les rendre attractifs pour les banques commerciales. Ainsi par exemple les taux nominaux sur les bons à 91 jours sont passés de 10.2% en septembre 2002, à 15.6 % en janvier 2003, à 24.4% en février 2003 et à 27.8% à partir de mars 2003. Ces taux étant sensés être des taux directeurs sur le marché monétaire, les banques ont fait passer les taux affichés sur les prêts en gourde de 24.5% à 30% et sur les prêts en dollar de 12.5% à 15% entre le premier et le quatrième trimestre de l'année fiscale. Les taux d'intérêt affichés sur les dépôts à terme en gourde ont aussi fortement augmenté sur la même période (7.7 à 14 %) tandis que ceux offerts sur les dépôts à terme en devises augmentaient beaucoup plus faiblement (2.7 à 3.25%). La rémunération des dépôts d'épargne en gourdes est demeurée très faible quoique en augmentation (2.25 à 3.25%) tandis que les taux offerts sur les dépôts d'épargne en dollar ont légèrement baissé (1.4 à 1.3%).
retour au sommet
BALANCE DES PAIEMENTS
Les exportations de biens ont atteint 330.4 millions de dollars en 2003 améliorant le ratio des exportations dans le PIB qui est passé de 21.2% en 1999 à 23.8% en 2003 grâce en grande partie aux industries de sous-traitance internationale. Il faut préciser qu'en valeurs courantes, les exportations de biens et services, ne représentaient que 16.4 % du PIB, soit l'un des taux les plus faible au monde pour un petit pays à forte densité démographique.
L'augmentation des importations (+147US$ millions) par rapport à 2002 montre la forte élasticité de ces dernières tandis que la structure de production nationale se montre tout à fait rigide, avec une offre inélastique sauf pratiquement dans le secteur de la sous-traitance internationale. En 2003, en dépit d'un fort accroissement (24.4%) des exportations de marchandises, le déficit de la balance commerciale continue de s'aggraver (-785.4 millions de dollars US en 2003).
Les termes de l'échange se sont détériorés légèrement pour Haïti en 2003 (- 2%).
Le compte de transactions courantes en affichant un solde de -17.5 millions de dollars contre -48.94 millions en 2002 a toutefois évolué positivement malgré l'augmentation du solde négatif de la balance commerciale.
Pour l'exercice 2003, les rentrées de devises ont été nettement supérieures à celles de l'année précédente. Près de 1.5 milliard de dollars comparés à un peu moins de 1.2 milliard en 2002. Les transferts courants qui constituent désormais la principale variable explicative du comportement de la demande dans l'économie haïtienne, notamment de la consommation, ont augmenté de façon significative passant de 776 à 907 millions de dollars US dont 811 millions (soit 89.4%) constitués par les transferts privés. Cette valeur représente 59 % du montant des importations de biens et services et 172% de la valeur des exportations de biens et services. Avec le quasi arrêt des prêts internationaux, les transferts privés constituent la première source de devises du pays et dépassent de loin les transferts publics qui ont avoisiné les 100 millions de dollars en 2003.
Le compte des opérations financières de la balance des paiements s'est soldé par un déficit de 83 millions de dollars induit par des sorties de capitaux dénommés « autres investissements » de 90 millions de dollars dont 48.8 millions attribuables au secteur bancaire et 40 millions au secteur non bancaire selon les données de la BRH.
L'ensemble des opérations internationales s'est soldé par des sorties nettes de devises de 11.5 millions de dollars compte tenu du compte « erreurs et omissions » heureusement positif (+89) millions de dollars. En tenant compte des remboursements nets effectués au FMI (environ 15 millions de dollars), le pays a dû consentir une baisse de ses réserves de 25 millions de dollars, sortie qui fait suite à une saignée de US$ 49 millions en 2002. Les réserves nettes de change de la BRH qui étaient de 102.1 millions de dollars en octobre 2001, étaient évaluées à 50.5 millions en septembre 2002 et selon certaines sources, les réserves officielles de la BRH (hors les réserves obligatoires des banques commerciales à la BRH) s'établissaient à 38.8 millions de dollars en septembre 2003, correspondant à dix (10) jours d'importations de biens et services en 2003.
De plus, le taux de protection nominale du marché national mesuré par le rapport entre les recettes douanières et la valeur des importations a continué de chuter. En effet, ce ratio qui est de 6.1% en 2003 représente un peu moins de la moitié de celui de 1991 qui était de 12.4%.
retour au sommet
IMPACT SUR LA UNIBANK
En dépit de la crise politique, de la faible progression de l'activité économique et de la situation macroéconomique délicate due au fort déficit budgétaire, les comptes financiers de la UNIBANK se sont bien comportés en 2003. Les dépôts ont atteint 11 milliards de gourdes en hausse de 60%. La qualité du portefeuille est demeurée exemplaire avec 0.90% de prêts improductifs. Les revenus nets d'intérêt sont passés de 380.9 millions de gourdes en 2002 à 556.3 millions de gourdes en 2003 s'accroissant de 46%. Le bénéfice net s'est élevé à 173.8 millions de gourdes en augmentation de 177.5%. La UNIBANK a donc renforcé ses parts de marché et s'est positionnée pour se convertir en première banque du pays .
retour au sommet